6 – Le Cap-Vert, son désert, ses terrasses et la mer !

A l’heure des derniers préparatifs pour la Traversée (alias la transat’ comme disent les vieux loups de mer), la vraie, celle dont nous avons tant causé entre nous, le Sénégal semble déjà loin dans l’étroit sillage de Nijerez !

Et pourtant le tracer ce sillage, depuis la Casamance, n’était pas de tout repos. Après avoir descendu le fleuve sous spi avec les copains de Portloloin, nous leur avons dit au revoir, en même temps qu’au Sénégal. Dur dur de voir les copains partir plus vite, en sachant qu’on va se faire secouer les jours suivants. Quelques échanges radios pendant 24h puis ils ont pris trop d’avance pour que notre antenne VHF réussisse à les localiser ! Assez vite, comme prévu, les conditions deviennent un peu musclées. On est au près bon plein, ça tape, c’est inconfortable et ça mouille. Que de la belle ! « La plaisance » ! Cherchez l’erreur. On en a pour 400 milles comme ça pour atteindre l’île de Sal, la plus orientale et septentrionale de l’archipel du Cap-Vert.

Un peu pressés par la fin du passavant (le visa d’un mois pour le bateau au Sénégal), nous n’avons pas forcément pris la meilleure fenêtre météo. Mais le vent a fini par adonner (il venait plus de l’arrière) sur la fin, plus favorable pour nous, et nous avons aperçu nos copains de Portoloin et Dizaon, au petit matin, mouillés devant la plage de Santa Maria. Ils balançaient d’un bord sur l’autre, juste en retrait des gros rouleaux qui cassent sur la plage. Une fois à portée de voix, ils nous ont fait une superbe olà qui faisait chaud au cœur après ces 4 jours pas très rigolos. Pas besoin d’être un grand marin pour se rendre compte que ce mouillage n’était pas confortable ! Cap sur Palmeira, sous le vent de l’île, avec les copains qui lèvent l’ancre et nous suivent. Extra de tirer un bord enfin abrité de la mer, à 6 nœuds sur une mer plate, enfin sortis de la machine à laver.

Sal

Il y a étonnamment du monde dans ce petit port, une bonne vingtaine de bateaux à l’abri de la jetée. Pas facile de jeter sa pioche au bon endroit, surtout quand ça souffle à 20 nœuds en permanence ! Le ventilateur est en marche, comme annoncé. Il y a de bonnes bourrasques mais nous sommes abrités de la houle et le mouillage tient bon !

Le petit village de Palmeira est coloré, ses rues pavées, et il règne ici une atmosphère tranquille. Quelques cafés et restaurants, autant de supérettes et de l’animation sur le port. Une poignée de taxis qui déversent chacun une dizaine de touristes (autant que peuvent en contenir les minibus Toyota locaux) en provenance de Santa Maria, la grosse station balnéaire du sud de l’île. Et les pêcheurs locaux, qui déversent eux leur pêche du jour sur le quai, où s’affairent une dizaine de personnes pour étriper, écailler ou mettre en filet et saler le poisson. Alternance de petits poissons de récifs et de gros pélagiques que nous espérons pêcher nous aussi au Cap Vert !

Forcément, nous sommes affamés (on rêve souvent d’une bière fraîche et d’un bon repas après une traversée, même lorsqu’elle n’est pas longue!). Et, c’est malheureux mais c’est ainsi, nous partageons avec les copains un goût immodéré pour la bonne cuisine locale, qu’on sert dans les restaurants, même quand elle n’est pas bonne. Après tout, le seul moyen de le savoir, c’est d’y goûter ! Nous avons donc essayé une bonne partie des restaurants de Palmeira.

Il se trouve que le plat national cap-verdien, j’ai nommé la Cachupa, correspond assez bien à ce dont peut rêver un matelot quand il se fait secouer et rincer plusieurs heures durant. Certains ont osé ce mélange de haricots, de fèves et de riz agrémenté de viande. D’autres ont opté pour le steak-frites local. Avec du thon donc ! Le poisson est ici au menu de presque tous les restaurants, alors on se régale, même si après le Sénégal, on avait un peu le poisson en horreur. Pour vous dire, les filles avaient presque proscrit la pêche pendant notre traversée depuis la Casamance, réduisant les capitaines à jeter leurs lignes au cul du bateau, pour l’honneur. Bien entendu, le poisson étant interdit au menu, ils n’ont rien pêché, mais il était là question d’entretenir les aptitudes de natation de nos leurres, les surentraîner en prévision de la transatlantique qui les attend !

Les copains ont traîné à Sal plus longtemps que prévu, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Sessions planche à voile et surf pour certains, balades à pied, journée à Santa Maria, histoire de dire du mal de ce que les promoteurs touristiques savent faire de mieux ! Puis ils ont filé vers Mindelo pour préparer leur traversée et être de l’autre côté pour le carnaval à Trinidad et Tobago. Nous, on avait le temps, alors on a filé vers Boavista, l’île un petit peu plus au sud, pour quelques jours.

Boavista

Elle est tout aussi désertique, mais quand même plus sympa que Sal. Les adeptes de mots croisés diraient sans doute de Sal qu’elle est un reg, là où Boavista tient plus de l’erg. Du sable, des grandes dunes, même au beau milieu de l’île, là où Sal n’était qu’une étendue de cailloux ! La plage de sable blanc et fin est bordée d’un côté de l’eau turquoise, et de l’autre de cafés et de loueurs de planches à voiles, surfs ou autres paddles et kite-surfs. La baie est ventée et les amateurs s’en donnent à cœur joie entre la petite dizaine de bateaux au mouillage. Tellement ventée qu’on a franchement du mal à atteindre la plage avec l’annexe, privée de moteur pour le moment. Et quand on y arrive à la rame, on est trempés! Qui de la couleur orange très Seventies de notre annexe, des dix litres d’eau qu’elle embarque à chaque vague ou de nos visages désespérés est à l’origine de la remorque que nous ont proposé des locaux avec leur annexe motorisée? On en saura rien mais on était bien contents de les trouver là !

Sessions planche à voile à nouveau, balade en pick-up sur les routes pavées qui traversent l’île et ses villages colorés (souvent un peu endormis), et aussi, comme souvent, un peu de bricolage sur le bateau. On commence à inspecter le bateau en vue de la traversée. Yann grimpe au mât pour aller revisser notre antenne VHF qui se balade dangereusement tout là-haut. Et l’on découvre que l’un de nos bas-haubans (un des câbles qui tient le mât debout) est dé-toronné, donc fragile. Puis en inspectant les autres plus minutieusement, nous découvrons que le second l’est aussi ! Un peu d’inquiétude d’abord, mais assez vite nous sommes rassurés en lisant dans le guide de navigation qu’on peut en théorie faire changer des haubans à Mindelo, que nous atteindrons une dizaine de jours plus tard. Après avoir sécurisé le gréement avec des bouts et du dyneema, on a fait route vers Sao Nicolau, une petite centaine de miles vers l’ouest, avec beaucoup de vent et très peu de voilure, pour ne pas trop tirer sur nos haubans que nous savons mal en point.

Sao Nicolau

Le Cap-Vert n’a que le nom de la couleur. Si il n’y avait pas grande trace de verdure sur Sal et Boavista, Sao Nicolau est une île haute, et supposée plus verte. Elle l’est, c’est vrai. Mais en longeant la côte sud de l’île pour rejoindre le port de Tarrafal, on apprend que la notion de verdure est toute relative ! Des pierres, et rien que ça ! Il faut grimper dans les hauteurs de l’île, là où les nuages s’accrochent, pour retrouver un peu de végétation. Il est assez facile de se déplacer par ici, on grimpe dans un Aluguer (un taxi collectif), on attend qu’il se remplisse au détour des rues de Tarrafal, il prend la direction de Ribeira brava, petite ville charmante du centre de l’île, et on lui dit stop quand on veut descendre. On prend vite de l’altitude et les paysages deviennent grandioses. Vallées très encaissées, aplombs vertigineux, cultures en terrasses et de superbes sentiers, parfois pavés et souvent bien entretenus, qui relient les villages et serpentent dans les vallées. On croise sur ces sentiers des enfants qui rentrent de l’école, vêtus de leur uniforme bleu ciel, des gens qui travaillent la terre et remontent chez eux avec une cargaison parfois conséquente sur la tête. On aperçoit des trapiches, des distilleries artisanales où ils pressent la canne à sucre (qui pousse sur les terrasses) et dont ressort le grogue, le rhum local.

Quand on ne crapahute pas dans les hauteurs, on s’essaie aux sentiers côtiers, et on découvre une jolie plage avec une poignée de bonhommes qui attendent le poisson. On plonge, l’eau est claire, poissonneuse, pas encore très chaude mais ça vaut le détour quand même. Et puis le poisson arrive. A l’aide d’une barque, les pêcheurs tentent d’encercler le banc de poisson avec leur filet, et de le rabattre vers la plage. Il faut alors le hâler sur la plage, et on comprend pourquoi ils étaient si nombreux pour une si petite barque de pêche. Pas moins de quatre ou cinq bonhommes de chaque côté du filet, assis dans le sable les pieds bien plantés devant eux, et on y va, en rythme, à la manière de rameurs sur un aviron. La pêche est maigre pour le nombre de bras, au regard de nos standards européens mécanisés. Mais à la fin, chacun repart avec son sac rempli de poisson, pas bien gros pour la plupart. Même nous ! On a assisté à la scène et donné un petit coup de main et ils nous gentiment offert quelques rougets et sars.

Nos copains de Portoloin sont toujours à Mindelo, sur l’île de Sao Vicente, sur le point de décoller pour Tobago. Et il est temps pour nous de les y rejoindre. On ne sait pas combien de temps il nous faudra pour changer le gréement, et on a bien envie de revoir la fine équipe du Sénégal avant qu’ils traversent !

Sao Vicente

Une marina ! Çà fait bien longtemps qu’on ne s’était pas amarrés à un ponton. C’est pratique, mais drôlement inconfortable par ici, avec la houle qui rentre, ça tire sur les amarres dans tous les sens. Et les bourrasques de vent sont impressionnantes. Il y a pleins de petits restos à découvrir à Mindelo, alors on s’empresse d’aller se jeter une mousse et un bon petit plat dès qu’on peut ! Il y a pas mal de bateaux sur le départ, ce qui banalise un peu le : «Vous partez quand ? » « Vous visez quelle île de l’autre côté !? ». Tout le monde parle de traversée, et on commence à recevoir des messages d’autres bateaux qui arrivent de l’autre côté, donc forcément, on y pense. Les gréeurs nous ont changé le gréement sans trop de soucis et rapidement. Nous voilà rassurés pour notre traversée.

On avait tout un tas de bricoles à faire en plus du gréement, une liste à rallonges, comme souvent, mais en s’y mettant tous les 4, en une semaine on a réussi à faire presque tout ce qu’on voulait. Yann et Laura sont partis en éclaireurs découvrir l’ile de Santo Antao, juste en face de Mindelo, dont tout le monde ici à Mindelo nous disait le plus grand bien. Alex et Hélène ont attendu les parents d’Hélène, son oncle et sa tante pour aller se balader là-bas aussi. Les soirées mindelenses sont plutôt sympas. On trouve de la musique traditionnelle dans les cafés le soir, de la Morna le plus souvent. Ce chant triste dont la fameuse chanson Sodade est la plus fidèle ambassadrice. On mesure la popularité de Césaria Evora ici. Tout le monde reprend ses chansons et on a l’impression que n’importe quel cap-verdien peut les chanter. Depuis sa mort, elle a donné son nom à l’aéroport de Sao Vicente, et son visage aux billets de 2000 escudos (la plus grosse coupure locale) ! Il semblerait que le nom de l’ex-futur nouvel aéroport du grand ouest était tout trouvé: il s’agirait de l’aéroport Notre Dame des Landes Johnny Hallyday !

Santo Antao

Je ne sais pas si les photos rendront bien compte de ce qu’est Santo Antao. Et le temps m’est compté pour vous conter ce qu’on y a vu, mais on en a pris plein les mirettes. Un peu à l’image de Sao Nicolau, les reliefs sont abrupts, les vallées très encaissées avec des à-pics impressionnants. Des terrasses, des sentiers, des petites routes pavées qui passent sur des crêtes. Un vrai travail de titan pour façonner le paysage comme ça. Des murets de pierres sèches qui soutiennent des milliers de terrasses et des routes à flanc de montagne. C’est fou ! Aussi fou que la météo que nous a apporté la famille d’Hélène. Il n’avait pas plu depuis 2 ans à Mindelo, et nous avons eu de la pluie. Il n’avait pas fait si froid à Santo Antao depuis 45 ans, et nous avons eu froid. Et il n’avait pas neigé autant en France depuis belle lurette, et ils ont raté ça hé hé ! Mais comme nous, ils ont vraiment adoré les balades au milieu des terrasses ou le long des falaises sur la côte sous le vent. Le village de Fontainhas est particulièrement beau, perché sur son éperon rocheux, comme pour utiliser le moins de terres arables possible.

Tous autant que nous sommes, on a aimé cette île. Et c’est avec ces images plein la tête qu’on a retrouvé Mindelo, où le carnaval nous attendait ! Une vraie ferveur populaire, chaque quartier qui défile avec ses 3 chars et des costumes plutôt chiadés ! Mélange de samba et de musique cap-verdienne. De la musique jusqu’au bout de la nuit, plus tard que nous n’avons réussi à veiller.

Puis voilà, il était temps de faire l’avitaillement, charger le bateau, 400 litres d’eau, autant de légumes qu’on pense pouvoir en manger et en conserver, et des conserves en pagaille, pour la fin de la traversée, quand il n’y aura plus de produits frais. Accrocher quelques bananes au plafond, histoire d’être raccord avec l’image qu’on se faisait d’un bateau qui part en traversée. Prendre la météo. Plutôt bonne pour le départ, avec une bonne quinzaine de nœuds pendant trois quatre jours normalement. Puis ensuite, en théorie, on devrait avoir des vents plus faibles…. et ralentir sans doute. Nous visons Pirate’s Bay, sur l’île de Tobago, au sud des Antilles. 2100 miles (4000 km) nous en séparent. Les copains nous disent que la petite cité de Charlotteville est calme, la plage sympa, l’eau chaude, et que c’est drôlement agréable. D’ici une vingtaine de jours, plus ou moins 3 jours, on devrait être là-bas. On va tâcher de faire un maximum de points spots, pourvu qu’ils marchent !

A bientôt de l’autre côté !

Les matelots de Nijerez

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Marie Blossier dit :

    Super article qui donne vraiment envie d’aller au Cap Vert !!
    On pense à vous sur cette grande traversée que vous attendiez avec impatience. Profitez-en, j’espère qu’elle sera belle. A dans une 20taine de jours.

    J'aime

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