7 – Transat’

17 Jours et 17h!

Nous avons traversé l’atlantique et ses 2100 milles (2200 sur l’eau au compteur avec quelques détours et contre courant sur la fin) en 17 Jours et 17h !

Nous en avons passé du temps à compter pendant cette traversée… Le nombre de jours avant l’arrivée, les points à la coinche, le nombre de milles avant le texto de la balise des 100 milles parcourus, le nombre de citrons qui restent, le nombre de mahi-mahi qui ont mordu…

C’est l’équipe Blossier qui nous a chaleureusement (avec doudoune) largué les amarres du port de Mindelo, non sans petites larmes d’émotion (On ne dira pas qui de la mère ou la fille avait les plus grosses larmes!)! A vrai dire nous avions tous les 4 une petite boule d’excitation au ventre… un départ pour une transat’ ce n’est pas rien. La plus longue navigation du voyage pour l’équipage et la plus longue navigation de tous les temps pour les filles !

 

Nous sommes partis avec 20 noeuds de vent portant, nous savions que les premiers jours nous étaient favorables, nous avons donc avalé les milles les premiers jours. Nijé avançait avec pas moins de 6 noeuds de moyenne… Ça dépotait sévère dans les surfs à plus de 9 nœuds ! La mer était un peu formée, donc le bateau roulait pas mal, le temps, humide et l’équipage pas encore bien amariné. Nijé allait vite mais à bord c’était tours de quarts sous la pluie pendant que les autres roupillaient et ce, même la journée…  On se voyait déjà faire la transat’ en moins de 15 jours !

Puis les prévisions météo se sont avérées exactes, le vent s’est peu à peu calmé. Nous avons ressorti les shorts, les lunettes de soleil, la crème solaire, rangé les bottes et le rythme de navigation à 4 s’est installé!

Le vent s’est calmé jusqu’à la fameuse pétole (pas de vent), c’est donc les maillots de bain pour le plouf par 5000m de fond (allez, on prend le shampoing qui mousse à l’eau de le mer par la même occasion!) et le doux bruit de moteur qui ont débarqué à bord! En avançant à 3,5 nœuds, la tablette et le GPS étaient désormais loin de nous indiquer une transat’ en 15 jours… Heureusement avec l’avitaillement que nous avions, nous étions prêts pour un mois!

 

Nous avons croisé quelques cargos (6 en 17 jours), les gars parés de leur plus bel anglais ont tenté de savoir s’ils avaient les prévisions météo pour les jours à venir et nous éclairer un peu sur le nombre d’heures de pétole ou la force du vent à venir mais en vain… Les capitaines des cargos nous répondaient pourtant pour la plupart, mais les conversations sous VHF qui grésille étaient peu fructueuses! Du genre « My boat, fishing! ». Ou bien, « Easterlies 4 » (Vents d’Ést Force 4). Dans le genre loquace, peut mieux faire!

Le vent est revenu, doucement, suffisamment pour faire avancer le bateau sous génois tangonné avec la bôme et foc tangonné (Merci à Cirrus pour ce bon conseil). Contrairement à la réputation des alizés, le vent n’était pas du tout constant, chaque nuage apportait un vent d’une force différente. Donc nous guettions les nuages….. Et les sargasses!

Les sargasses, ces fameuses algues de la mer éponyme. Qui de la mer ou des algues a eu le premier ce nom? (Un des nombreux trucs à vérifier quand on aura retrouver le réseau et Wikipédia!) Elles nous ont accompagnés tout le long… Pas forcément pour notre plus grand bonheur! Elles se coinçaient sans cesse dans la pale du régulateur d’allure, dans la ligne de traîne, dans le safran voire peut être même dans la quille, nous ralentissant franchement! Plusieurs fois par heure nous devions prendre la gaffe (grand bâton avec un crochet au bout) pour aller décrocher ces fauteurs de troubles au cul du bateau. Et souvent même faire un demi tour complet pour retirer celles du safran et de la quille.

Les manœuvres sont peu fréquentes. Durant une semaine nous avons navigué avec un vent venant toujours du même côté, sur tribord. Si bien qu’à mi-transat, lorsque nous avons empanné (changé d’orientation) le vent arrivait sur bâbord. Nous avons l’habitude de jeter les déchets biodégradables par dessus bord, sous le vent pour que ceux ci ne reviennent pas a bord avec un coup de vent. Forcément après une semaine habitués à jeter toujours du même côté, à la suite de l’empannage il y a eu quelques ratés et quelques épluchures qui sont revenues dans le cockpit ! Bim! un morceau d’oignon, une coquille d’oeuf, des miettes de pain dans le cockpit!

Thazard

Les journées se sont enchaînées avec une certaine routine : Le matin, sous un soleil chaque jour un peu plus chaud, chacun récupère de la nuit entre-coupée des quarts et petit déjeune à l’heure de son choix. Puis le midi c’est salade dans le cockpit ou dans le carré à cause de la chaleur. L’après midi chacun vaque à ses occupations (interlude comme on dit chez Nijé) : lecture ++, pêche, fabrication de leurre de pêche, scrabble (qui a dit que le bateau roulait?), sieste, baignade si pétole, attente encore et encore des baleines et puis réglage des voiles tout de même! Après le goûter c’est l’heure de la manche hebdomadaire du tournoi sur eaux internationales de coinche (à la mode Blossier donc avec annonces!), qui se termine par l’apéro. On ne se refuse rien!

A 20h dernier carat on mange car il ne faut pas traîner pour débuter les quarts. Car dès 21h les quarts de la nuit commencent à s’enchaîner. Pendant 2h, à tour de rôle, bien équipé (polaire + gilet de sauvetage + longe + frontale) nous sommes de quart. Objectifs : vérifier si le régulateur va au bon endroit et le régler en fonction, ou même barrer, ajuster les voiles si besoin, et vérifier qu’on ne fonce pas droit sur un bateau… Mais bon vu le trafic sur la route, ce n’était pas bien compliqué…

Pour nous aider à ne pas faire de rappel de paupières : les podcast de Radio France! Les pieds sur terre, autant en emporte l’histoire, affaire sensible, les petits bateaux,  interception, Co2 Mon amour.. autant d’émissions pour nous divertir dans la nuit et alimenter les conversations du midi! La lune nous a tenu compagnie toute la traversée et nous avons parfois eu le droit à des ciels majestueusement étoilés!

 

La vie à 4 dans ce petit espace se passe bien, et c’est même plus facile en navigation qu’à terre car nous avons chacun nos rôles, et l’objectif est commun. Cela peut être parfois plus difficile à terre car il faut faire des choix, et nous ne pouvons pas toujours faire tous des choses indépendantes car nous sommes bien souvent au mouillage (donc il faut prendre une annexe pour aller à terre), et l’espace est très restreint (la chambre fait quand même cuisine et salon!!!). En navigation, moins (sauf peut être le choix des repas!), nous emmenons le bateau vers un endroit et la routine des quarts est installée, nous n’avons pas de questions à nous poser!

 

Après le réglage du spi, du génois ou du régulateur le grand passe temps des capitaines c’est… la PÊCHE! Juste avant le départ, Hélène a offert le dernier petit bijou qu’il manquait à leur attirail : un moulinet! Chaque jour au petit matin c’est installation des lignes de pêches, jusqu’à 3 pour attirer le mahi-mahi ou le thon! « Nan mais là c’est l’heure du mahi-mahi, je le sens ça va pêcher » pouvait – on entendre à toutes heures, de la part des capitaines. Lesquels tiennent à préciser que le début d’après midi serait l’heure la plus propice à la pêche de Mahi-mahi  (alias la dorade coryphène), pour en avoir pêcher plusieurs à cette heure ci. Quoique la série statistique est encore peu étayée pour pouvoir l’affirmer avec certitude. (Ndlr : une information de dernier jour de transat’ semble attester que l’heure de pêche du mahi-mahi est en fin de matinée.. Soit juste avant la salade tahitienne du midi! ;)) Malheureusement les sargasses ont parfois dû suspendre la pêche… Nous avons tout de même péché un thazard (wahoo chez les initiés) d’environ 6 kilos (106 cm!) qui nous a bien tenu 4 repas, une carangue gros yeux et le dernier jour un mahi-mahi. Mais 2 mahi-mahi ont mordu et sont partis avec nos leurres…Donc même si nous n’avons pas mangé du poisson à chaque repas, nous avons eu le droit à de bons festins.

 

Nous avions fait un avitaillement bien conséquent, des fruits et légumes à foison, du chocolat pour tous les jours, de l’huile de l’olive et de la moutarde pour ne pas manquer et des conserves pour l’année! Ainsi nous avons eu le droit à des produits frais tous le long, moins variés, il faut l’avouer, au bout de la 3ième semaine. Pain-perdu, crêpes, chili, couscous, gâteau à la poêle, galettes de sarrasin, pain maison, naans, galettes de pommes de terre douces frites…  bref, sur Nijerez c’était Bocuse matin, midi et soir!

En dehors des temps de lectures, de sieste, de contemplation et de longues pensées, forcément nous avons observé la grande bleue, étendue sur 360°… Nous avons eu de la chance, la traversée était plutôt tranquille, pas de grosse vagues qui déferlaient, pas de grosse houle inconfortable. Idéal pour observer les baleines! Mais bon faut croire qu’au large il n’y a pas grand chose.. A l’heure actuelle nous les cherchons toujours et le trophée destiné au premier qui repérera des baleines commence à prendre la poussière! Même les dauphins pourtant si nombreux lors des dernières navigations étaient aux abonnés absents. La densité de poisson serait-elle la même que celle des bateaux sur l’eau? Cela serait sans compter les poissons volants qui eux étaient bien présents. Indicateurs possibles du thon qui guette sous le bateau mais ne mord jamais, tout ce qu’on a c’est des sargasses qui s’accrochent à la ligne et nous donnent de nombreux faux espoirs! Ils sautent hors de l’eau pour fuir le prédateur et dans leurs bonds, en planant au dessus de la surface de l’eau, ils atterrissent parfois sur le pont, dans le cockpit, la trinquette ou encore s’assomment en percutant le petit moteur à l’arrière ou même un de nos nez !!

La faune est peu à peu revenue à mesure que l’on s’approchait des terres, d’abord les oiseaux (fous de bassan et autres espèces) puis des dauphins venus pour jouer à l’étrave. Comité d’accueil qui nous confirme l’approche des terres, des îles, des Antilles! La température de l’eau et de l’air nous confirme aussi que nous arrivons aux Caraïbes! + 10° dans l’air, + 7° dans l’eau! L’eau de la douche du seau de mer n’est même plus froide!

 

Nous sommes donc bien arrivés à Tobago après une traversée qui s’est franchement bien passée, merci le temps clément, merci la Scopalamine qui a éradiqué le mal de mer, merci Nijerez qui est resté en pleine forme.

Ici, le paysage est luxuriant, végétation verte et dense, eau claire, fruits exotiques, 28 degrés dans l’air et dans l’eau…

La vie aux Antilles commence!

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11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Sylvain QUETEL dit :

    Je n’ai pas encore tout lu, mais …… BRAVO ….. à tout l’équipage et maintenant profitez bien de l’air antillais…..

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    1. nijerez dit :

      Merci, on y compte bien!
      C’est Nijerez et surtout le régulateur d’allure qui ont fait tout le boulot! 😉

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  2. Moreau Jean-Yves dit :

    Bonjour les quatre, c’est super de nous faire vivre votre aventure avec force détails bien relatés et de belles illustrations photographiques. Profitez bien maintenant de la douce quiétude des tropiques. Pour nous c’est l’attente cyclonique, ça bouge et ça trempe. Bises de Jean-Yves et Dominique.

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    1. nijerez dit :

      Salut à vous les Calédoniens !
      Content de savoir que vous lisez ça avec plaisir. Tobago a un petit goût de Calédonie. Eau à 27 et fond de l’air toujours bon. Même la bière n’a pas beaucoup de goût, comme à Nouméa !
      Bises. Alex

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  3. dbloblo dit :

    Eh, vous êtes partis trop vite, on n’a pas eu le temps de monter à bord. Revenez nous chercher, on vous attend toujours à Mindelo !

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  4. Marie Blossier dit :

    Super récit de traversée ! Ça donne envie ☺ et encore félicitation à vous 4 pour cette traversée en moins de 18 jours. Objectif atteint !!

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  5. Gautron dit :

    Super ! Bravo pour cette très belle étape et maintenant profitez bien des Antilles et de ces produits locaux =) =) !
    Cécile Gautron

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  6. Cuizinaud dit :

    Super ! Beau récit, on s’y croirait ! Bravo à vous 4 et dommage pour les baleines, elles auraient gagné à vous rencontrer….
    Profitez bien de votre environnement.
    Prochaine étape ?
    Beijos
    Philippe

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    1. nijerez dit :

      La prochaine étape nous y sommes déjà : Grenada, puis les îles Grenadines. Bises des Antilles

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  7. Bravo les gars!! Maintenant a profiter des Antilles!! Bisous. Rocio

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  8. Emilie GAUTRON dit :

    Bravo à vous 4 !
    Merci pour ce récit et les photos.
    Est-ce qu’une virée en Guyane vous tente ? Car nous vous accueillerons avec plaisir !
    Sinon nous sommes en Martinique début mai, si vous êtes encore dans le coin …
    Bizz. Mily

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