6 – Navigation de nuit

Une fois partie en traversée, le bateau, on ne l’arrête plus. Il nous faut donc naviguer de jour comme de nuit, mais la nuit on dort aussi…

Comment fait-on pour faire avancer Nijerez ?

Heureusement nous sommes 4, cela nous permet de dormir et de veiller. Les veilles de nuit, on les appelle les quarts. Chaque bateau et chaque équipage choisit le fonctionnement qui lui convient le mieux.

Nous faisons des quarts de 2 heures. Ils commencent souvent à 21H. Tout le monde va se coucher, sauf un membre de l’équipage, qui reste debout pour surveiller que le bateau avance bien, que les voiles sont bien réglées, qu’il n’y a pas trop de vent (auquel cas on doit réduire les voiles) ou bien pas assez de vent (on envoie alors plus de voiles), qu’il n’y a pas de cargos, de voiliers sur notre route et que notre régulateur d’allure barre correctement. Au bout de 2 heures, on réveille le suivant qui prend son quart pour 2 heures, et ainsi de suite jusqu’au matin. Parfois, on en profite pour lire, écrire, écouter des émissions de radio qu’on a téléchargé, manger le reste de pâtes du repas du soir…

La plupart du temps ce n’est pas nous qui tenons la barre ! Le régulateur d’allure est fixé derrière le bateau. Avec de petits bouts (des cordes) il est relié à la barre. Il y a un bout de chaque côté du régulateur, l’un vient se fixer sur la barre à bâbord (gauche), l’autre est à tribord (droite). Hors de l’eau il y a une grande pale, on l’oriente pour que le régulateur d’allure nous fasse avancer avec un angle au vent constant. Par exemple on peut lui demander de barrer (et donc nous faire avancer dans une direction) avec un vent qui vient toujours de l’arrière. Pour le faire changer de direction, on change l’orientation de la grande pale, un des bouts va tirer sur la barre pour que le bateau change de trajectoire et avance avec un vent qui arrive un peu moins sur l’arrière.

Notre régulateur, on l’appelle Alphonse, il barre vraiment très bien, même quand il y a beaucoup de vent et que la barre est dure à manipuler pour nos petits muscles. Quand le bateau avance vite on aime lui dire « Allez, fonce Alphonse ! »

Alphonse de jour comme de nuit : (la grande pale blanche au milieu à l’arrière, c’est elle qu’on règle pour lui dire dans quelle direction avancer, de chaque côté de la barre vous pouvez voir deux petits bouts, c’est eux qui vont tirer sur la barre pour la faire bouger et nous permettre d’aller dans la direction que l’on souhaite)

Naviguer de nuit ça peut faire peur. Quand la nuit est noire et qu’on ne voit pas la lune, on entend juste le bruit des vagues qui s’écrasent sur la coque. Parfois la nuit est si claire, les étoiles si brillantes, qu’on voit très bien et le spectacle du ciel est magnifique. Et puis il y a certaines nuits noires que j’aime particulièrement. Dans l’eau, de petits êtres du plancton sont lumineux. Ils font de la lumière quand ils sont au contact du bateau, d’une vague qui s’écrase, d’un animal… Alors on voit la mer scintiller de blanc tout le long du bateau. Tout d’un coup un bruit, de la lumière… On voit alors sous l’eau la trainée lumineuse que fait un dauphin en avançant, puis un saut accompagné d’un tas d’éclaboussures lumineuses !

Impossible de capturer ces images avec nos appareils photos, on garde les images dans notre tête. A défaut de pouvoir vous montrer les images de nuit, voici des images de jour de grands dauphins qui ont souvent accompagné nos navigations en Casamance :

Et en cliquant ici vous pouvez voir, de loin, quelques grands dauphins, mais surtout vous pouvez les entendre ! J’ai pu les enregistrer avec l’hydrophone. Ce son qui ressemble à une porte qui grince ce sont les dauphins qui le font.

A très vite pour la suite de nos aventures.

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